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Lettre 22 - La mort de Jean et les questions concernant Jésus
Jérusalem
Je suis venu à Jérusalem pour régler mon différend avec le Sanhédrin, et cette fois-ci, les choses sont sérieuses. Ils refusent catégoriquement de verser la moindre contribution provenant de l’impôt du Temple, ne serait-ce que pour quelques mois. Ils m’ont envoyé une longue tirade fastidieuse dans laquelle ils soutiennent qu’un aqueduc relève de la responsabilité impériale et que c’est au Trésor de César de le financer. Au mieux, ils n'admettent que cela soit financé par l'impôt ordinaire de la province, et cela, disent-ils, est déjà au-dessus des moyens de la province. Ils ont l'insolence d'affirmer que l'approvisionnement en eau pour les ablutions rituelles exigées par leur Loi a toujours été suffisant et que leurs autres besoins ne justifient pas une dépense aussi extravagante. Je leur ai fait savoir que l’argent devait être trouvé sans délai et que je prendrais, si nécessaire, des mesures pour le leur procurer.
Je n'ai aucune patience pour leur Loi sacrée, qui les régit (et nous avec) à tous les égards par des règles minutieuses. Une partie de ces règles provient de leurs livres sacrés, mais la partie la plus fastidieuse, d'après ce que j'ai pu comprendre, est le fruit de leur propre imagination. Depuis des générations, leurs érudits ont passé leur vie à élaborer des règles religieuses des plus complexes et des plus ridicules. Peut-on croire qu’ils ont écrit des volumes entiers sur leurs règles de purification et qu’il existe un ou deux ouvrages consacrés exclusivement au sujet du rituel de purification avant les repas? As-tu déjà entendu parler du rabbin qui est mort de soif? Il était enfermé dans une ville assiégée et on ne lui accordait que quelques cuillerées d’eau par jour. Il les a toutes utilisées pour ses ablutions rituelles et est mort dans d’atroces souffrances de soif. J’aimerais soumettre le vieux Annas à cette épreuve. Ou connais-tu l’histoire du mulet pieux? Il appartenait à un prêtre qui ne touchait à aucune nourriture sur laquelle, lors de l’achat, la dîme n’avait pas été versée au Temple. Pendant des jours, le mulet refusa de manger. Était-il malade? Était-il boiteux? Était-il simplement têtu? Non, mon cher Sénèque, crois-moi, ils découvrirent que, lors de l’achat de sa nourriture, la dîme n’avait pas été versée au Temple. Il ne voulait pas enfreindre la Loi. Ce ne sont que des mulets à Jérusalem.
Il y a un aspect de tout cela qui m’amuse et me réjouit. Jésus est en conflit avec les légistes et les prêtres. Tout ce qui touche à la Loi ou menace leur autorité suscite chez eux une jalousie instantanée. Tout comme j’ai dit au Sanhédrin que j’attendais d’eux qu’ils me signalent toute agitation dont ils auraient vent, je me fais un devoir de leur faire savoir sans tarder toute négligence que je peux leur imputer. J’ai informé Caïphe des rapports qui me sont parvenus au sujet de Jésus et je lui ai fait remarquer que, étant donné que le Sanhédrin revendiquait son autorité même en Galilée, il avait intérêt à s’en occuper. Il m’a aussitôt répondu avec emphase, affirmant que d’après ce qu’ils avaient entendu dire de Jésus, bien que cela fût pour l’instant peu de choses, ils le désapprouvaient vivement et qu’ils allaient envoyer une délégation d’érudits en Galilée pour le convoquer afin de l’interroger. En soi, cet homme n’est qu’un personnage sans importance: le fils d’un simple ouvrier. Mais d’un autre côté, Simon, l’un des vauriens qui a causé des troubles il y a quelques années, était un esclave, et Athronges, un autre fauteur de troubles, était un berger. Le pire chez ces Juifs, c’est que le rang social ne signifie rien pour eux. Ils suivront n’importe quel fils du pays s’il sait bien se battre, bien voler ou bien parler – surtout s’il accomplit quelques miracles par-dessus le marché – et, avant même que l’on s’en rende compte, ils le proclameront roi. Mais avec Antipas et le Sanhédrin qui le surveillent, et moi qui l’attends en Judée, les perspectives sont sombres pour Jésus.
Quoi qu’il en soit, je ne peux me réjouir de rien pour l’instant, si ce n’est de mon aqueduc. C’est un ouvrage noble, digne de figurer au même rang que celui d’Hérode lui-même à Césarée. Peux-tu me conseiller sur la manière de me procurer l’argent? Je suis tout ouïe. Mais attends patiemment. J'ai un secret; je m'en frotte les mains, mais je n'ose pas le révéler, même à toi. Quand je t'écrirai la prochaine fois, j'espère pouvoir t'annoncer que j'ai le financement, car je l'obtiendrai, même si les Juifs doivent en payer le prix.
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