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Lettre 16 - Le fardeau des Romains
Césarée
Félicite-moi, mon ami, d'être un bon Romain. J'apporte moi aussi les bienfaits de l'Italie à cet Orient arriéré. J'ai fait venir deux géomètres, l'un d'Alexandrie et l'autre d'Antioche. Je leur ai demandé de me présenter des plans pour la réfection de certaines routes, pour la construction de thermes à Samarie, et pour acheminer une bonne réserve d'eau vers Jérusalem à partir des sources situées au sud de la ville. On ne me remerciera pas pour cela, mais où et quand le Romain reçoit-il de la gratitude pour les bienfaits qu’il apporte aux peuples d’Orient? Ils vivent comme des porcs et, lorsqu’il les sort de leur misère, ils ne font que se plaindre qu’il leur soutire de l’argent pour financer des travaux publics qu’il souhaite, et non eux. N’était-ce pas César Auguste – ou était-ce le grand Jules – qui appelait cela le fardeau du Romain, dont il ne peut se décharger, quelles que soient ses aspirations?
Peux-tu croire qu’il n’y a pas de bains publics à Samarie, alors que nos officiers, tant militaires que civils, s’y rendent par temps chaud pour leur santé? Quant aux routes, je propose de reconstruire celle qui longe la côte et les deux qui mènent à Jérusalem depuis le nord et l’est. Nos troupes se déplaceront beaucoup plus rapidement, tout comme, bien sûr, le commerce et le trafic des pèlerins, ce qui contribuera à mes recettes. Quant à l’approvisionnement en eau, ce sera un véritable bienfait pour Jérusalem, pour lequel ils devraient m’ériger une statue. Pourtant, tu sais, la seule question qui les intéresse vraiment, c’est de savoir qui va payer pour cela. Comment diable survivent-ils dans les conditions actuelles lors de leurs grandes fêtes, je ne peux pas le comprendre. Normalement, Jérusalem compte environ 50 000 habitants, et il n’y a que quelques puits pour les approvisionner tous. Mais pendant la Pâque, les pèlerins arrivent par dizaines de milliers. Personne ne connaît le nombre exact, mais certains disent qu’un demi-million de personnes s’entassent à Jérusalem et dans les villages environnants. Jérusalem elle-même est bondée ; ils dorment sur les toits et même dans les rues, et ils affluent en masse chaque matin depuis la campagne environnante. Où trouvent-ils tous l’eau pour boire et pour leurs ablutions rituelles? Je ne saurais vous le dire, à moins que leur dieu Yahweh ne leur en fournisse par miracle ou que la fête soit considérée comme un sabbat continu et qu’ils ne doivent pas du tout se désaltérer. Quoi qu'il en soit, ils auront de l'eau, propre et en abondance, qu'ils le veuillent ou non, et ils devront payer pour cela, comme le veut la pratique dans les provinces romaines.
Les troupes sont parties, sous le commandement de Marcius. Elles portent les effigies des trois Césars : Tibère lui-même, Auguste et Jules. Elles arriveront à l'Antonia avant l'aube demain. Je me suis entretenu personnellement avec les hommes. Je leur ai dit que l'honneur de Rome et des Césars leur incombait et qu'ils devaient le protéger, mais qu'il ne devait y avoir aucune provocation de leur part.
J'ai demandé à Marcius d'envoyer une troupe, arrêter Jean et me l'envoyer à Césarée. Je dois le faire dans tous les cas, car si Antipas apprend, comme il le sait déjà, que le mécontentement gronde de mon côté de la frontière, il en tirera le meilleur parti.
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